Episode 3, Jean-Christophe Gay

Bannière : "entretiens avec les acteurs de la recherche en tourisme" : Jean-Christophe Gay

Jean-Christophe Gay, géographe et co-directeur du master Management de l’Hôtellerie Internationale (Université Nice Côte d’Azur) nous présente une nouvelle matière qu’il enseigne depuis octobre 2020 : Géohistoire de l’hôtellerie.

Présentation de Jean-Christophe Gay

Jean-Christophe Gay est agrégé de géographie et professeur des universités à l’IAE de Nice (Université Nice Côte d’Azur). Il codirige avec Sylvie Christofle – elle aussi géographe – le parcours de master Management de l’Hôtellerie Internationale (MHI). Il est également le directeur scientifique de l’Institut du Tourisme Côte d’Azur récemment créé dans le cadre de l’Université Nice Cote d’Azur.

Jean-Christophe Gay a passé 12 ans en outre-mer à La Réunion, Tahiti et en Nouvelle-Calédonie. Il a notamment codirigé l’Atlas de la Nouvelle-Calédonie[1] et écrit plusieurs ouvrages. Le dernier en date est La France d’outre-mer, terres éparses, sociétés vivantes[2]. Prochainement paraîtra chez ISTE un livre qu’il publie avec Philippe Violier, Philippe Duhamel, et Véronique Mondou, sur la question fondamentale du tourisme en France (600 pages). Ce livre présente un bel appareil cartographique réalisé par Véronique Mondou et propose des dizaines de nouvelles cartes et une nouvelle approche de la géographie du tourisme en France. Le premier tome est général et le second régional, et comporte 80-100 pages sur le tourisme ultramarin.

[1] Bonvallot J., Gay J-C., Habert E., Collectif IRD, (2012), Atlas de la Nouvelle-Calédonie, IRD-congrès de la Nouvelle-Calédonie.

[2] Gay J-Ch., (2021), La France d’outre-mer, terres éparses, sociétés vivantes, Armand Colin

Pourquoi avoir décidé de créer une nouvelle matière ?

Jean-Christophe Gay s’intéresse à la géohistoire et a notamment publié un article dans le Journal of Tourism History – la principale revue d’histoire du tourisme – sur le tourisme en Nouvelle Calédonie et sa dimension coloniale[3]. Il a aussi publié récemment avec Jean-Michel Decroly (Université libre de Bruxelles) un article sur une géohistoire de la diffusion du tourisme dans le monde[4]. Mais son intérêt pour cet objet d’étude n’est pas l’unique élément qui l’a décidé à créer cette matière. Les étudiants du master MHI évaluent doublement leur formation. Premièrement, des comités de perfectionnement sont organisés deux fois par an avec des délégués étudiants dans le but de faire le point sur les formations. Parallèlement à cela, chaque étudiant a la possibilité d’évaluer anonymement sa formation. Cette évaluation, qui a lieu chaque semestre, permet de faire remonter des problèmes ou difficultés à l’équipe enseignante. L’analyse de ces deux sources lui a ainsi permis de constater que le M2 MHI était carencé en cours généraux portant sur l’hôtellerie.

[3] Gay J-Ch., (2020), Colonialism and tourism in a French territory at the southern end of the world: the case of New Caledonia. Journal of Tourism History, 2020, 12 (1), p. 48-70.

[4] Gay J.-Ch. et Decroly J.-M., « Les logiques de la diffusion du tourisme dans le monde : une approche géohistorique », L’Espace géographique, n° 2, p. 102-120.

Hôtel Marina Bay Sand (Singapour)

Présentation de la matière : Géohistoire de l’hôtellerie

Jean-Christophe Gay explique : « C’est un cours magistral de 24 heures, donc c’est un cours qui est lourd, mais tous nos cours sont de 24 ou 30 heures. J’ai un diaporama de plus de 700 diapositives que j’ai passé 3 mois à mettre au point. ». Il continue ensuite sur l’organisation de la matière : « Le cours est structuré en 4 parties ». La première partie est « historique et permet de comprendre l’histoire de l’hébergement de l’Antiquité à nos jours avec des comparaisons entre l’Europe, le Moyen-Orient, avec les caravansérails, et l’Asie avec notamment le Japon et les ryokan ainsi que l’hébergement traditionnel en Chine et en Corée ». Cette partie aborde le passage de l’auberge à l’hôtel, l’invention de l’hôtellerie aux États-Unis, également l’émergence des motels, la remarquable diversification après la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire récente de l’hôtellerie et les phénomènes de patrimonialisation, standardisation, starchitecture… Jean-Christophe Gay précise que « toutes ces évolutions remontent aux années 1980-1990 et ont totalement métamorphosé l’offre hôtelière sur le plan architectural et spatial ». Les parties suivantes portent sur l’organisation, la distribution ou la dynamique des hôtels. Trois types d’hôtels sont présentés : les hôtels urbains, péri-urbains et les resorts. L’enseignant précise : « la partie sur les hôtels urbains permet d’évoquer les grandes métropoles touristiques en faisant une comparaison de l’hôtellerie à Paris, New York, Londres, Tokyo, Séoul et aussi de présenter la Côte d’Azur et l’hôtellerie de la Riviera française. La seconde partie (les hôtels péri-urbains) permet de s’intéresser à Dubaï ou Las Vegas, mais aussi aux hôtels d’aéroport, les hôtels d’universités – que l’on retrouve de plus en plus en Chine à l’image des campus américains où il faut loger les professeurs invités, les parents tout au long de l’année – ou les hôtels liés à des équipements sportifs (à l’intérieur de stades par exemples). Le troisième type d’hôtels, les resorts, aborde les parcs à thèmes, les éco resorts, les casinos resorts, les skis resorts, les spas resorts. Mais aussi tout ce qui est resorts spécifiques comme les loves hotels au Brésil. Le cours se conclut sur l’hôtellerie de demain. Comment les hôtels vont s’adapter aux nouvelles contraintes ? D’ailleurs il va falloir que j’évoque dans cette conclusion la labélisation sanitaire post-covid des hôtels. »

Dubaï

Jean-Christophe Gay qui a écrit avec Véronique Mondou le livre Tourisme et transport. Deux siècles d’interactions[5], explique qu’il y a un lien très fort entre l’hôtellerie et les compagnies de transport. Ces dernières ont investi très tôt dans l’hôtellerie : « Le chemin de fer d’abord, rappelle Jean-Christophe Gay, avec les hôtels aux abords des grandes gares des capitales, voire intégrés dans la gare au XIXe siècle. A partir de 1949-1950, des compagnies aériennes ont investi dans l’hôtellerie et des chaînes hôtelières. Intercontinental, Méridien, Nikko et d’autres sont créés à la grande époque du système intégré des années 1970-1980. Aujourd’hui le déclin de ces dispositifs laisse des grandes chaînes hôtelières qui ont pour origine le transport aérien d’où des appellations qui sont restées ». Ainsi, la dénomination d’« hôtels gros-porteurs » désigne des hôtels de grandes capacités et renvoie aux avions gros-porteurs – comme le Boeing 747 ou le DC-10 – mis en service au début des années 1970.

[5] Gay J-C., Mondou V., (2017), Tourisme & transport. Deux siècles d’interactions, Paris, Bréal

Les bases pour construire la matière

Des mois de recherches documentaires ont été nécessaires pour construire ce cours. Il existe peu d’ouvrages de synthèse mais deux, fondamentaux, sont à retenir. Jean-Christophe Gay raconte que le déclic initial pour créer cette matière a eu lieu lors d’une exposition au Pavillon de l’Arsenal à Paris en 2019, « Hotel-Métropole » dont un catalogue est sorti Hôtel Métropole depuis 1818[6]. Pour le géographe « C’est un très bel ouvrage à la fois historique et géographique sur l’évolution de l’hôtellerie à Paris. Il y a des choses très intéressantes sur la capitale ». L’enseignant recommande aussi : « un magnifique ouvrage édité et augmenté à plusieurs reprises : Hotel Design. Planning and Development[7] ». Si vous êtes plus intéressés par l’Asie, un autre livre qui a servi de base à cette matière est Les grands hôtels en Asie[8], qui s’intéresse notamment à l’hôtellerie en Corée et en Chine. Il ne faut pas non plus oublier l’ouvrage de A. K. Sandoval-Strausz[9].

Les recherches pour cette matière – à forte vision internationale – sont complétées par les travaux du géographe sur les îles tropicales (aux Antilles, aux Maldives, aux Seychelles ou dans le Pacifique) et sa connaissance de l’outre-mer[10].

L’enseignant a en effet une bonne connaissance de l’Asie-Pacifique et de l’océan Indien. Il dispose d’ailleurs d’une base de données photographique importante qu’il utilise pour ses cours : « J’ai un fonds documentaire important qui alimente d’ailleurs la base documentaire de l’IRD (Institut de Recherche pour le développement), la base Indigo.».

[6] Sabbah C. et Namias O. (dir.), 2019, Hôtel Métropole depuis 1818, Paris, Editions du Pavillon de l’Arsenal.

[7] Penner R., Adams L. & Robson S., 2013, Hotel Design. Planning & Development, NY & Londres, Routledge.

[8] Sanjuan Th., 2003, Les Grands Hôtels en Asie, Paris, Publications de la Sorbonne.

[9] Sandoval-Strausz A. K., 2007, Hotel, An American History, New Haven & London, Yale University Press.

[10] Gay J.-Ch. (2021), La France d’outre-mer, terres éparses, sociétés vivantes, Paris, Armand Colin.

Le retour des étudiants

Ce cours a été très bien évalué par les étudiants. Jean-Christophe Gay raconte : « J’étais un peu inquiet car le premier cours s’est fait en présence des étudiants, le jour de l’attentat à Nice donc c’était un contexte particulier pour le débuter. Il y avait des sirènes en permanence puisque la cathédrale n’est pas très loin de l’IAE et le soir même le confinement commençait. La majeure partie de ce cours s’est donc faite à distance ce qui n’était pas la meilleure façon de le donner. Malgré tout, c’est vrai qu’il a plu ». Deux étudiants sur trois ont répondu au questionnaire anonyme et tous l’ont à l’unanimité plébiscité.

Le processus de validation de la matière

Modifier la maquette du parcours a été simple. En effet, les changements étant réduits il n’est pas nécessaire de passer par les instances de l’université. L’ajout de la matière Géohistoire du tourisme et le retrait de la matière qui était mal évaluée ont très rapidement été validés par l’IAE. La décision a été prise à la fin juin 2020 pour un début de cours en octobre. Le géographe le reconnaît, le temps imparti était court : « J’ai dû mettre les bouchées doubles. J’ai travaillé pendant l’été, le mois de septembre, une partie du mois d’octobre. Lors des premiers cours je n’avais pas le plan complet, je n’avais pas terminé toutes les séances. »

Géohistoire du tourisme, une matière amenée à évoluer ?

Cette matière est amenée à évoluer. D’ailleurs, Jean-Christophe Gay estime que : « Si cette matière avait existé il y a 40 ans, le cours aurait été totalement modifié sur cette période. Il y a eu de telles transformations dans l’hôtellerie, dans l’architecture… ». Le cours a déjà été modifié : « Dès que je tombe sur des informations qui me semblent compléter ce que je dis, je le fais évoluer. Effectivement, j’ai au moins rajouté une trentaine de diapos récemment ».

Recommandations d’ouvrages de la part de Jean-Christophe GAY

Ouvrages :

  • Andrieux J.-Y. (dir.), 2016, Pension complète ! : tourisme et hôtellerie (XVIIIe– XXe siècle), Rennes, PUR.
  • Callais A. (dir.), 2019, Hôtels et Palaces. Nice, une histoire du tourisme de 1780 à nos jours, Nice, Gilletta.
  • Penner R., Adams L. & Robson S., 2013, Hotel Design. Planning & Development, NY & Londres, Routledge.
  • Sabbah C. et Namias O. (dir.), 2019, Hôtel Métropole depuis 1818, Paris, Editions du Pavillon de l’Arsenal.
  • Sanjuan Th., 2003, Les Grands Hôtels en Asie, Paris, Publications de la Sorbonne.
  • Toulier B. (dir.), 2010, Villégiature des bords de mer : architecture et urbanisme, Paris, Éd. Du Patrimoine. Vajda J, 2008, « Les Pereire et les Nalgelmackers, promoteurs du transport ferroviaire et du réseau